MURILLO (B. E.)


MURILLO (B. E.)
MURILLO (B. E.)

Murillo, peintre sévillan, a joui d’une renommée internationale du début du XVIIIe siècle jusqu’à plus de la seconde moitié du XIXe. Il fut pratiquement à cette époque l’unique maître de la peinture espagnole connu à l’étranger. Aujourd’hui, pourtant, il est tombé dans un relatif oubli.

Murillo, dont la biographie figure un an après sa mort dans le livre Teutsche Academie de Joachim von Sandrart, le Vasari allemand, fit sont entrée au XVIIIe siècle dans toutes les collections de l’aristocratie anglaise, et de tous les peintres espagnols ce fut celui qui tenta le plus les maréchaux de Napoléon au moment de l’invasion française en Espagne. Cela tient à ce que son art, tendre et délicat, préfigurait le rococo et un certain sens académique qui domina le goût des collectionneurs jusqu’à l’apparition de l’impressionnisme.

Un peintre sévillan

Séville – où naquit Bartolomé Esteban Murillo et où se déroula toute son activité artistique – avait été au XVIe siècle un des centres les plus cosmopolites d’Europe; ce n’était plus, vers le milieu du XVIIe siècle, époque de décadence économique et politique de l’empire espagnol, qu’un centre provincial sans grande vitalité. La ville, dont l’école picturale comptait des noms comme Francisco de Zurbarán, Diego Velázquez et Juan de Valdés Leal, trouva avec Murillo l’expression d’une étape plus attachée à des valeurs traditionnelles. Adaptée au goût de la clientèle des couvents et du chapitre de la cathédrale, des aristocrates et des commerçants aisés, moins puissante que celles du siècle précédent, la peinture de Murillo est liée à une société qui se replie progressivement sur elle-même. Murillo, dont la vie modeste compte peu de faits saillants à l’exception des changements de domicile et des événements familiaux, sut créer, grâce à ses qualités de très bon peintre, les archétypes inspirés de la société qui l’entourait et qui lui fournissait les images qu’il désirait. C’est pourquoi ses peintures, délicates et pleines de grâce, tendres et gaies, dévotes et optimistes n’agréèrent pas uniquement à ses contemporains mais obtinrent un succès international dans les milieux raffinés de l’Ancien Régime; et c’est pour cela aussi que Murillo fut, avec Raphaël, le peintre dont on reproduisait industriellement le plus d’images dévotes. Son observation pleine de sympathie pour la vie populaire, son naturalisme tempéré qui embellit la réalité en la rendant optimiste et en adoucissant ses violences, sa cordialité qui humanise le divin et rend simples les scènes héroïques en les auréolant de sentimentalisme sont en accord avec le coloris éblouissant et l’exécution habile de ses œuvres. Dénué de la monumentalité, de la rudesse et de la sobriété des peintres espagnols de la première moitié du XVIIe siècle, Murillo donne à ses tableaux une note intimiste. Ses œuvres, dotées d’une dose juste d’idéalisme et de réalisme, de touches de grâce mondaine et du piquant suffisant pour les animer, répondent aux aspirations d’une société qui croyait avoir trouvé un équilibre entre ses différentes classes. Peintre extrêmement fécond, qui l’emporta rapidement sur Zurbarán, peintre plus sobre de la génération précédente, Murillo fut un travailleur infatigable qui exécuta avec diligence toutes les commandes qui lui étaient faites. Sa palette, dure et opaque au début, avec des restes de «ténébrisme», devient rapidement plus claire et plus lumineuse, d’un coloris riche qui ressort sur des fonds vaporeux d’atmosphère fluide. Ses tableaux de composition, doués d’un sens du rythme et de l’ordre, s’harmonisent avec la tendresse et l’idéalisme des modèles, exécutés cependant avec réalisme.

Dernier-né des quatorze enfants d’un chirurgien-barbier, Murillo est orphelin à quatorze ans et doit vivre alors chez un de ses beaux-frères. Son maître fut Juan del Castillo, peintre médiocre, encore attaché aux formules du maniérisme, mais bon dessinateur, qui compta Alonso Cano parmi ses disciples. D’après Antonio Palomino, Murillo, qui commença à peindre pour la foire hebdomadaire de Séville, aurait fait dans sa jeunesse un voyage à Madrid, hypothèse que l’on a mis en doute. À l’exception des séjours qu’il fit à Cádiz, il semble que Murillo n’ait guère quitté sa ville natale. C’est en 1645, après son mariage, que sa peinture commença à avoir du succès, et de ce moment les commandes ne cessèrent plus. Son existence calme et dévote se partagea alors entre l’atelier et son foyer. En 1660, il fonde une académie de dessin et de peinture dont il fut le président. Il meurt à Séville des suites d’une chute du haut d’un échafaudage dans l’église des frères capucins, à Cádiz, où il exécutait des peintures.

Peinture religieuse

Ses nombreuses commandes pour des églises et des couvents obligent à considérer Murillo avant tout comme un peintre religieux, bien qu’il ait pratiqué d’autres genres. Dans sa première toile connue, La Vierge du rosaire avec saint Dominique , les influences de Juan de Las Roelas et de Zurbarán sont encore très sensibles. Mais Murillo – qui ne connaissait les œuvres picturales des Italiens et des Flamands que par les gravures et les nombreuses collections qui existaient alors à Séville – assimilera rapidement les influences de Guido Reni, d’Antoine Van Dyck et d’autres artistes étrangers. Sa première commande importante fut la série des onze grandes toiles pour le cloître du couvent San Francisco de Séville. S’inscrivant dans la tradition espagnole des cycles de l’histoire des ordres religieux, il développa dans ces tableaux celle des franciscains, pour lesquels il eut toujours un faible, contrairement à Zurbarán qui peignit surtout des chartreux et des hiéronymites. Dans ce cycle, où l’on retrouve encore des couleurs sombres, apparaissent déjà les types populaires, les mendiants, les enfants malicieux et les femmes charmantes qu’il peindra tout au long de son œuvre. La célèbre Cuisine des anges du musée du Louvre faisait partie de cette série, actuellement dispersée. Les humbles ustensiles de cuisine, contrastant avec la grâce ailée des anges affairés à des tâches culinaires, sont aussi importants dans la composition que la figure du saint en extase. C’est aussi vers 1650-1655 que Murillo peint l’Immaculée Conception du musée de Séville, thème qui lui donnera l’occasion de créer plusieurs chefs-d’œuvre.

Dans la Sainte Famille au petit oiseau (musée du Prado, Madrid), où l’influence de José de Ribera est très nette, le clair-obscur perd son caractère dramatique pour céder la place à une atmosphère intimiste de douce familiarité quotidienne que l’on retrouve en d’autres œuvres, comme par exemple La Vierge à l’Enfant (palais Pitti, Florence). Avec la série pour l’église sévillane de Santa Maria la Blanca, actuellement en partie au Prado, Murillo commence à nuancer d’une lumière douce ses tableaux où les personnages apparaissent sur des fonds de pénombre qui représentent des intérieurs tranquilles ou des paysage estompés. La colossale Vision de saint Antoine , peinte en 1656 pour la cathédrale de Séville, atteint par le moyen d’une lumière dorée à une qualité vaporeuse proche de l’art de Velázquez, mais il l’abandonnera rapidement pour une peinture plus superficielle et plus brillante.

Murillo trouve sa plénitude dans les deux grands cycles que lui commandent les capucins de Séville et le très célèbre hôpital de la Caridad, où travaille aussi Valdés Leal qui y peignit ses grandes allégories de la mort et de la vanité du monde. Ces deux séries (vies de saints franciscains dans la première et thème de la charité dans la seconde) sont réalisées par touches légères d’une extrême richesse chromatique qui annonce Goya. Malgré leurs grandes dimensions, la multitude des personnages, ils sont cependant traités avec le réalisme cher à Murillo qui transpose dans les sujets bibliques les personnages typiques de Séville, les femmes en particulier.

Dans ses Immaculée , Murillo représente la Vierge presque enfant, avec son vêtement blanc et son voile bleu au milieu de nuages lumineux, et entourée d’angelots et de chérubins: l’artiste fut par excellence le peintre des personnages féminins et enfantins. L’Immaculée qui appartint au maréchal Soult puis resta de longues années au Louvre avant de passer en 1941 au Prado est sans aucun doute la plus célèbre de cette série. Jusqu’à la fin de sa carrière, le peintre demeura fidèle à ce prototype qui deviendra une image des plus conventionnelles.

Peinture de genre, paysages et portraits

Parmi les peintures de genre de Murillo, les tableaux où il représente des enfants de la rue et des petits voleurs, avec une souriante désinvolture dans l’observation bienveillante et un manque d’intention moralisatrice, sont bien connus. L’un des plus célèbres est le Mendiant du Louvre, représenté dans la lumière du crépuscule qui est encore un souvenir de Caravage, sans oublier ceux de la pinacothèque de Munich si riches en couleur. À côté de ces tableaux, il faut placer des œuvres comme La Fillette aux fleurs (Dulwich College, Londres) ou les Jeunes Femmes à la fenêtre (National Gallery of Art, Washington), ce dernier représentant peut-être des femmes de mauvaise vie, mais traitées avec une gentillesse moqueuse. Dans sa peinture semi-profane, Murillo cherchait probablement à plaire à une clientèle honorable, non dépourvue d’un goût déguisé pour les sujets scabreux; il faut citer, en particulier, la série des scènes de L’Enfant prodigue (collection Best, Londres, et Ermitage, Saint-Pétersbourg) inspirée des gravures de Jacques Callot, ce qui n’exclut pas une observation directe du peintre, que laisse supposer le réalisme des détails.

Il n’est pas permis d’ignorer Murillo paysagiste ni surtout portraitiste. Dans le premier genre, il vient, en Espagne, immédiatement après Velázquez. Ses paysages, aux notes délicates et vives, expriment la grandeur de la nature imaginaire sans jamais tomber dans un style décoratif. Comme portraitiste, il est excellent et il est dommage qu’il n’ait pas eu davantage de commandes, ce qui prouve combien était limitée sa clientèle, dont une partie était du même milieu que lui-même. Influencés par Van Dyck, ses portraits aux personnages sereins, empreints d’une grande dignité, laissent une image de la société sévillane pour laquelle Murillo avait réalisé toute son œuvre.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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